14 juin 2005

couture

La langue se meut dans la bouche, avec sa flopée de salive. Les cordes vocales vibrent dans la gorge. Lèvres internes. Petits bouts de chair rosés, noyés dans l'ombre. La langue module les sons avec le palais et les dents. Moiteur, chaleur, obscurité.
Une lame s'approche de la bouche. Crispée, affolée, béante. Un éclair, un éclat. Une flamme, chair grillée. Muscle atrophié, moignon. Voyelles. Que des voyelles. En majuscules et dans une étoile aux dizaines de branches. Hurlement en fait. La langue est coupée et ça fait mal. C'est encore brûlant.
Des années plus tard, on ne sentira plus rien. Serein et tranquille, l'âme dans la chambre close et vide jadis habitée. La lumière du soleil passera à travers la peau des joues et n'éclairera plus qu'un sol nu et trempé. Lisse.
La douleur est insupportable.
Une main prend à côté une aiguille. Vise le chas d'un bout de fil mouillé. Glisse contre le métal. Un noeud au bout.
Les yeux s'affolent, tournent, tournent. Tout est figé, et lutte pourtant. La main s'approche. La pointe est contre la peau, juste au dessus de la lèvre. Souffle en saccade. Le pore s'élargit quand l'aiguille traverse, fouille la chair, creuse et creuse encore. Ressort de l'autre côté, contre la gencive. Douleur acide, aiguë. Le fil glisse à travers le trou. Et on replante. Dans l'autre lèvre cette fois. Point de croix biotec. Couture, le travail avance le long des bords. Lèvres ourlées de rouge. Un dernier rai de lumière passe entre les dents. Les yeux se ferment au coin des larmes.
Bouche cousue.

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